jeudi 27 juillet 2017

L'arche de Darwin

James Morrow, Au diable Vauvert, 2017, 596 p., 13€ epub sans DRM


"La seule excuse de Dieu est qu'il n'existe pas"


"La seule chose plus admirable qu’un univers créé par un véritable être surnaturel serait un univers créé par un être surnaturel inexistant."

Une controverse autour de l'évolution, de la sélection naturelle et de Dieu en mode satire burlesque.


Présentation de l'éditeur :


Actrice sans rôle, Chloe Bathurst décroche un emploi de gardienne de zoo chez Charles Darwin où elle rencontre toutes sortes d’animaux exotiques, ainsi que différentes théories scientifiques d’une modernité étonnante.
Pour sortir son père de l’hospice, elle vole la première mouture de la théorie de l’évolution et s’inscrit au Grand concours de Dieu, qui offre 10 000 £ à qui prouvera ou réfutera l’existence d’un être suprême.
Alors que d’autres aventuriers recherchent l’arche de Noé sur le mont Ararat et qu’un enseignant britannique rencontre l’origine de l’humanité dans une fumerie de haschich, Chloe s’embarque dans un périple en bateau et montgolfière à travers le Brésil, l’Amazone et les Andes pour rapporter les spécimens nécessaires à ses ambitions. Parvenue aux Galapagos, elle va user de toute sa ruse, et du texte de Darwin, pour un procès en blasphème...


Mon ressenti : 

 
De James Morrow, j'avais lu sa formidable trilogie Jehovah (je vous conseille la lecture de l'avis de Lorhkan sur le premier tome) où il nous contait le remorquage du corps de Dieu décédé; ainsi que Notre mère qui êtes aux cieux. Autant vous dire que l'histoire d'amour irrévérencieuse entre l'auteur et la religion est une passion dévorante. Il nous narre ici une uchronie légère où une jeune femme, sur la base du vol du manuscrit de Darwin, va tenter de trouver et prouver sa théorie de l'évolution pour remporter le "Grand concours de Dieu" et sauver son père de l'infamie grâce à l'argent remporté.
Qu'est ce que "Grand concours de Dieu" ? Il s"agit juste de prouver ou réfuter l'existence de Dieu.
Nous sommes au 19ème siècle, la religion égale l'Etat qui dicte sa loi d’airain : Dieu est à l'origine de tout. Seuls quelques coups de burin ont été porté à cet édifice, comme par exemple un certain Galilée avec sa théorie impie que la Terre n'est pas au centre de l'univers. Mais le 19ème siècle apporte son lot de changements à la société, qui sait si ils ne battront pas en brèche la vision d'un univers crééé par un être omniscient et omnipotent ?
Voici donc les protagonistes de ce roman : Dieu, la religion, et une horde de savants blasphématoires.

Un pitch comme je les aime mais qui a été loin d'être d'une partie de plaisir à sa lecture. James
James Morrow lors des Imaginales 2016
Morrow sait de quoi il parle, chaque passage renvoie à des épisodes vraies de notre passé. C'est d'une érudition phénoménale et moi le lecteur aux connaissances lacunaires, je me suis senti un peu à l'écart. Il m'a été très difficile de rentrer dans cette satire sans connaitre l'histoire de Darwin et de ses poursuivants.
Des différents arguments (ontologiques, cosmologiques, des erreurs bibliques) pour réfuter l’existence de Dieu, de la recherche de l'Arche de Noé, en passant par les grands noms de l’évolution : Mendel, Teilhard de Chardin, Rosalind Franklin et ben d'autres encore dans un maelstrom entre passé et futur. Vous y rencontrer une pirate, une troupe de théâtre, des indiens, des tortues, vous voyagerez en bateau et en ballon dirigeable vers ces îles de Galápagos.
Reste aussi un beau portrait de femme avec le personnage de Chloe Bathurst, une femme intrépide à la volonté forte n'hésitant pas à soumettre la morale pour parvenir à ses fins. Et si l’évolution de l'homme était la femme semble nous seriner James Morrow ?

Je suis passé à côté de ce livre, mais l'auteur n'est pas en cause, juste moi avec mon manque d’érudition pour apprécier ce roman référencé et blasphématoire.
Si Dieu existe, nul doute que James Morrow aura sa peau.

Mes imaginaires et Quoi de neuf sur ma pile ont du bagout et ont su apprécier ce roman.


Quelques citations : 


Entendant le rapport de Mr Pritchard, padre Sampaio annonça aux aventuriers anglais que Belém était une « très belle cité inspirée par l’incomparable Lisbonne », contrairement à Manaós « fatras inspiré de rien ». Il ajouta que, jusque récemment, Manaós s’était appelée Barra, pour son monumental banc de sable. Le gouverneur du district avait souhaité, en renommant la colonie, honorer l’héritage des Indiens Manaó disparus – quoique Chloe soupçonne que, si on leur avait donné le choix entre avoir une ville à leur nom ou ne pas être exterminés par les Portugais, les indigènes auraient choisi la seconde option.

Ce n’était finalement pas une guerre juste – c’était une guerre : un nouvel exemple de barbarie consacrée et de massacre sanctifié.

— Nous autres les Huancabambas ne racontons pas de telles histoires, intervint Akawo en désignant la bible de Chloe. Quand nous souhaitons être avec nos dieux, nous marchons le long du fleuve.
— Je dois vous poser une question, demanda Ralph à Akawo. Si vous ouvriez la porte et marchiez dans les nuages, vos dieux vous protégeraient-ils ?
— Probablement pas. Nos dieux sont – quel est le mot anglais ? – capricieux.
— À quoi servent-ils, alors ? s’enquit Ralph.
— En vérité, à rien du tout, répondit Akawo. Mais, vous voyez, ils savent qu’ils sont inutiles, ce qui les rend si reconnaissants de nos chants et nos sacrifices.
— Je pense que le Dieu d’Abraham profiterait des leçons du panthéon d’Akawo, intervint Mr Chadwick. Écoute-moi, ô Roi de l’univers. Arrête de prendre des engagements que Tu n’as pas l’intention de remplir. Ne promets rien et n’attends rien en retour.
— Un arrangement parfaitement sensé.

« L’ADN ? »
« L’acide désoxyribonucléique », expliqua le Dr Franklin.
« Le secret de la vie ? »
« Une molécule barbante, bien sûr, uniquement quatre nucléotides, mais elle contient toute les informations nécessaire à fabriquer une carotte, un cricket ou l’archevêque de Canterbury. »
« Alors cet ADN est l’étoffe grâce à laquelle Dieu a engendré les êtres vivants ? »
« Franchement, Bertram, je ne crois pas que Dieu ait eu grand-chose à y faire. Dans mon laboratoire de Birkbeck College, on s’amuse parfois à dire que DNA signifie Divinités Non Apodictiques.

[Darwin] Mes recherches m’ont convaincu que quasiment tous les membres du règne végétal accordent leur vie selon le soleil. Quand vient la nuit, certains dorment, même.
— Si les orchidées et les plantes grimpantes dorment, cela veut-il dire qu’elles rêvent ?
— Je n’ai pas d’opinion, mais vous avez posé une question formidable.


11 commentaires:

  1. "L'arche de Darwin" est de ces romans qui pourraient nous faire passer plus de temps à faire de recherches sur Internet qu'à lire. Avec ce roman, je me suis dit : "tant pis, j'y vais comme ça". J'ai choisi d'y prendre plaisir et de me laisser divertir, vérifiant juste deux trois choses pour être sûre des bases. Parce que oui, l'érudition de James Morrow est vaste et elle peut noyer le lecteur, ce qui au final est très dommage. Par exemple, l'histoire avec Mendel et consorts m'a paru très étrange, un peu cheveu sur la soupe, mais j'ai préféré ne pas approfondir et profiter du reste plus pleinement. Ce n'est certainement pas le choix de tous, ni le meilleur...

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    1. "L'arche de Darwin" est de ces romans qui pourraient nous faire passer plus de temps à faire de recherches sur Internet qu'à lire.
      Tout à fait d'accord avec toi, google a été mon compagnon de route dans cette lecture.
      Je suis content que tu es le même ressenti sur tant d'érudition qui au final laisse certains lecteurs sur la route. Dans sa trilogie Jehovah, son savoir était plus dilué et ne m'avait nullement dérangé. A trop vouloir en faire....

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  2. Ta critique me donne encore plus envie de lire ce livre, je n'ai certainement pas toutes les connaissances nécessaires mais cela me rappellera quelques souvenirs glané sur les bancs de la fac... Mais je me ferais çà dans mes mois de lecture intense... ;-/

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    1. Tant mieux que ma critique donne envie de le découvrir malgré mon ressenti. J'espère que tes années de biologie ne sont pas si loin pour que tu profites pleinement de ce voyage dans les Galápagos.

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    2. Plus de 20 ans ca fait loin ou pas... lol

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    3. Disons qu'un petit rappel ne fera pas de mal...

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  3. Finalement ta critique est très élogieuse. Je l'avais repéré, mais je doute d'être de taille avec l'érudition mentionnée. Je connais l'histoire de Darwin un peu comme tout le monde, mais guère plus...

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    1. C'est lui qui a crée le monde en 7 jours, non ? lol

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    2. @yogo : En voilà un qui n'a pas fait d'étude dans le vide...

      @lutin82 : Un peu ardu avec des connaissances limitées. Peut-être faire comme Sandrine et se laisser bercer par l'aventure. Mais on reste avec l'impression d'être passé à côté de quelquechose de plus grand.
      Cool que mon avis puisse donner envie de se coltiner Darwin malgré mon ressenti mitigé.

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  4. C'est clairement le genre de livre qui est susceptible de me plaire et de m'enthousiasmer. L'évolution me fascine, mais j'avoue être un peu inculte lorsqu'il s'agit de se plonger dans la vie de Darwin lui-même. Mais peut-être que ça me donnera envie d'aller plus loin ? Quoi qu'il en soit, ton retour conforte mon envie.

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    1. Si l'évolution te fascine, ce roman est parfait pour toi. Et puis ça parle même de l’évolution de la théorie de l'évolution, qui dit mieux !

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